Contre l'impertinence casterienne et trouillotienne

Publié le par Mots d'Ivoire

La première journée de la troisième édition du festival Étonnants voyageurs, festival consacré en hommage au poète vivant Georges Castera autour de la thématique: «L’encre est ma demeure», a commencé avec Francketienne, le géant de la littérature haïtienne. Sa prise de parole a profondément ému le public composé de lecteurs haïtiens avisés et d’étrangers dont les yeux étaient rivés sur lui. Il nous a fait voyager avec étonnement par ses propos éloquents, par ses expériences littéraires et artistiques.


Dans la soirée, cette journée allait se terminer avec une pléiade d’écrivains haïtiens: Georges Castera, Lyonel Trouillot, Syto Cavé, Bonel Auguste, Claude C. Pierre. Cette soirée a été animée par Lyonel Trouillot et introduite, avant tout, de manière musicale, par la voix du chanteur Jean Coulange. Lyonel Trouillot, avec sa voix grave de haut parleur et imposante, a su charmer plus d’un; beau parleur comme il est! Tout se déroulait autour de l’important poète en question, Castera. L’hommage rendu à ce dernier est justifié, il le mérite, car il a apporté un souffle moderne dans la poésie créole haïtienne, et surtout il est le premier. Il fait de sa militance politique une force habitant sa poésie, ce qui fait de lui un poète engagé selon certains.

La prise de parole de Claude C. Pierre à l’égard de Georges Castera a été épatante dans le sens qu’il a fait une analyse sémiotique, très rigoureuse, du vers “l’encre est ma demeure” qui est le titre de l’anthologie dudit poète et un autre intervenant, en l’occurrence Bonel Auguste, a fait une approche intéressante de l’apport moderne dans la poésie créole haïtienne… et ainsi de suite!


Au milieu de cette soirée élogieuse ce qui allait chavirer mon humeur en amertume fut leur déclaration choquante. Je dis ‘’leur’’ je fais allusion à Lyonel Trouillot, Syto Cave (lui, il a été quand même quelque peu modéré) et Georges Castera. Celui-ci, arrogant de trempe, sans modestie aucune. Et Lyonel Trouillot despote. Ils font comprendre qu’ils tiennent la clef de la littérature haïtienne, et quiconque parmi les jeunes qui écrivent de nos jours, s’ils ne viennent pas à eux, ils ne feront pas de la bonne poésie. Ils se disent être maîtres de la littérature haïtienne. Spécialement Georges Castera a dit avec outrecuidance, sans réserve aucune devant plusieurs vingtaines de personnes que les jeunes qui publient de nos jours publient sous leur supervision, en dehors de ce privilège, ils ne publient que de la merde.


Certes, il est des jeunes qui s’amusent à publier n’importe quoi. Mais ce n’est pas une raison juste pour que cette junte de tyrans littéraires dise n’importe quoi. À ceux qui ne le savaient pas, je tiens à vous informer que ces messieurs écrivains sont des papes, ils n’agissent qu’en chefs de clan. Si vous n’êtes pas des leurs ils vous étouffent. Ils s’érigent en «Legba», maîtres des grands chemins dans la littérature haïtienne si vous ne vous joignez pas à eux, ils ne vous laissent pas passer ni percer. Moi, je brise le silence pour dire à cette milice qu’elle se trompe et qu’il est des jeunes écrivains poètes qui n’ont jamais participé à leurs ateliers de poésie, —et ceci, certains ne les lisent même pas— qui réfléchissent beaucoup sur la littérature, qui lisent beaucoup, qui écrivent des choses ayant des valeurs littéraires hors pair, qui ont reçu des prix prestigieux internationaux sans pour autant avoir reçu aucune onction littéraire de leur part.


Nous sommes des jeunes écrivains résistants, nous ne croyons en aucune forme d’imposition, surtout cette dictature littéraire, nous ne fléchirons pas les genoux devant cette autorité dictatoriale, népotique. Nous sommes là, vivants! Nous sommes le sel de la littérature! Si ces Saints intouchables se comportent ainsi —ils ont les sens pointus en ce sens— c’est parce que les fantômes de leur prochaine chute les hantent par avance! Ils refusent d’admettre que la relève nous la prenons déjà; et que le génie ne brille que pour un moment.


C’est par une loi naturelle que la nuit cède la place au jour. Et l’on voit comment la nature se révolte contre ceux qui ne respectent pas ses lois. Alors ne pervertissez pas l’ordre naturel des choses, messieurs!

Cette littérature, qui est la nôtre ou le bien commun de tout un chacun, n’est pas l’héritage de leurs grands-parents, nous ne permettrons pas ce hold-up. Moi avec tous mes amis poètes, nous continuerons à brandir nos plumes en faisant sept fois le tour clanique de cette muraille de Jéricho, non pas pour l’ébrécher, mais pour l’effondrer.

 

Claude Sainnécharles
Port-au-Prince,3 mars 2012

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