Gonaïves et autres poèmes...

Publié le par Sam

Thélyson Orélien étudie au département des sciences économiques et politiques de la Faculté des Arts et des Sciences de l'Université de Montréal. Il se définit lui-même comme un auteur-indépendant. Blogueur et chroniqueur culturel, il commença dans la chanson pour ensuite s'adonner à l'écriture poétique. Il a publié en collectif aux Editions de l’Hèbe « Les couleurs de ma terre » qui lui a valu le Prix International Jeunes Auteurs PIJA. Finaliste du Prix Arthur Rimbaud de la Fondation Emile Blémond pour « L’ombre qui colle à mes pas » . Certains de ses textes sont parus dans plusieurs révue et anthologie, dont « La Nouvelle anthologie de la jeune poésie d’aujourd’hui » de la Maison de Poésie de Paris, dans « Le Persil » journal littéraire avant-gardiste de la Suisse romande, dans « DiptYque », revue belge, dans le collectif « Ancre des dattes » aux Editions Page Ailée et dans l’Anthologie « Poètes pour Haïti » paru chez l’Harmattan. Il a deux livre à l'automne 2011.

________________________________________________________________________________________________

________________________________________________________________________________________________

Gonaïves et autres poèmes

Par Thélyson Orélie n

 

                          ***

Gonaives 

Ici
Tous les sentiments
sont voués
à la fantaisie de l’eau
qui passe

La mer par ses ailes
s’envole quelque part
et jette
ses grandes couleurs
à l’abordage
d’un faubourg
à minijupe

Ses figures aux puits débordants
aux forets dormantes

Les pailles de meurtrissures
sur mon corps
en mon cœur
de Jeanne
à Hannah
ces dé-pouilleuses
d’avant veille

Gonaïves ville pliée
prostituée battue
connue de mille et un carrefour
de mille et un trottoir de la honte
l’arbitre
le poisson noyé de mon âme

Heureusement
on n’achète pas une identité

               ***
Les jeux de la mémoire


Ma mémoire qui oublie tout
quand je fouillais ton paradoxe
est reprise
et détruite à l’infini

Je me suis opposé pour mieux te connaître
dans la recherche du temps perdu
à la valse de mes idées
d’une perspective proustienne
tantôt réel tantôt fiction

réel fiction
fiction réelle
voire les deux à la fois
lorsqu’ils se confondent

Tu ne peux d’autre part retenir
que l’un des mirages
de la terminologie bergsonienne
d’inventorier l’oubli
pour recréer la faculté
de mémoriser l’oubli

La mémoire seule débarrassée
de cette gangue
encore une démarche de poète
d’Aragon dans Blanche ou l’oubli

Ce n’est jamais au poétique
niveau du langage
ni dans la force des termes
des choses que je me rassasie
de mon déclin de l’âge
du temps perdu
et des détails d’une vie 

Alors mes mémoires me rendent amnésique
et je nage
dans l’océan des anti-mémoires    

                  ***
            Déchirures


Le séisme m’a tout emporté
Sauf les gouttes de rosée 
Entre mes doigts

Il m’a tout pris
Sauf la lune 
Qui était à ma fenêtre

Triste et solitaire
Je suis le roseau flottant
à la ra racine raide et ferme

Si un courant m’entraîne
Je ne crois pas que je le suivrai
Dans ce tumulte de déchirures 
De cassures et d’éclaboussures.

             ***
      La ville dépecée

Les champs retiennent les chants
sur le bas-côté
Aux concerts des hurlements
la ville dépecée devenue folle 
enroulée de grosse tresses en barbelé

J’eus le souffle coupé
entrecoupé d’ailes
aux giclements du sang des innocents
jeté au coin du trottoir

La Parole en Archipel Interrompue
exportée directement à la morgue
ne sont que lame de feu ressuscitant
Envoyé pour la résurrection des fosses communes
M’embrassais des mots que je voulais dire
En ce soir du douze Janvier 
où le soleil jetait ses derniers reflets
.
Mon jeune âge a plus vécu
plus pensé
plus souffert
que la plupart de nous vieillards officiels 
Officieux… 
.
La mort
tel un faucon plane 
et guette sa proie ici et ailleurs
De tout son poids
Mais nous ne laisserons jamais la chance à la mort

d’apprendre à Port-au-Prince à mourir 
Elle s’affranchira de ce néant qui scrute

                     ***
                  Orgiasme

Le vent pleuvait
Dans nos mains
D’un millier de sens
Et nous avons fait l’amour
Jusqu’au verso du temps

Les baisers
Prendront nos salives
Comme une chose
Qui se lape tendrement
Se parlent au pli des gestes

Nos spermatos
Tentent de féconder
La déesse du voyage
Sur une vitre d’autobus


Commenter cet article